MEDIACTU – FEVRIER 2014

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                              

 Avec février, nous entrons enfin de plain-pied en 2014. La « trêve des confiseurs » est déjà bien loin, les guirlandes lumineuses sont éteintes et les prix « ronds », « cassés » des dernières soldes se sont définitivement « écrasés ».

 

Le cinéma « institutionnel » s’est empressé de revenir à l’affiche avec les Magrittes, le FIFA, Anima, près de chez nous, avec le Festival de Berlin, un peu plus loin.

 

A tout seigneur tout honneur,… et n’hésitons pas à être chauvins, comme nous le conseille le Secrétaire Général de la Fédération Wallonie-Bruxelles, place donc aux « Magrittes ». C’était la quatrième cérémonie du genre, on en connaît l’importance pour la vitrine offerte par le cinéma belge, d’autant que cette année son palmarès s’ouvre par « Ernest et Célestine », cet adorable dessin animé de Vincent Patar et Stéphane Aubier. Rappelons que l’adaptation de l’œuvre de Gabrielle Vincent avait déjà remporté une mention spéciale à Cannes en 2012 et le César du meilleur film d’animation en 2013, tout en étant récemment nominé aux Oscars. L’Académie Delvaux se devait de saluer à son tour la poésie, la fraîcheur, la tendresse et… la profondeur de ce petit joyau. En sélectionnant « Ernest et Célestine » c’est aussi une manière de rendre hommage à un genre cinématographique qui nous a déjà valu pas mal de satisfaction et qui occupe une place de choix dans notre production.

 

En toile de fond, une année en demi-teinte pour notre cinéma, les incertitudes du nouveau statut d’artiste et ce bel hommage rendu à Eliane Dubois par Kusturica qui salua ici la mémoire de celle dont la société de distribution Cinélibre/Cinéart l’avait accompagné dès ses débuts. Alors, peut-être un jour, les Magrittes contribueront-ils à nourrir la confiance du Belge francophone dans son cinéma et dans son patrimoine cinématographique qui joint la diversité à la qualité mais qui ne s’est pas encore découvert un public en dépit des succès internationaux qui ne le boudent pas comme ses spectateurs toujours hésitants lorsqu’il s’agit de notre cinéma. 

 

Restons chez nous où le FIFA, qui en était à sa 30e édition, a pris le relais à Mons. Le Festival du Film d’Amour a programmé une centaine de films, témoins inévitables d’une société à la recherche de soi-même avec ses rapports conflictuels au sein de la cellule familiale, avec la problématique de l’immigration et du déracinement. Car le film d’amour nous renvoie inévitablement à nous-mêmes, à nos échecs, à nos aspirations ; c’est un révélateur impitoyable de l’existence.
En cette fin février, il y a aussi Anima, le 33e Festival International du Film d’Animation de Bruxelles. Voici de quoi illuminer votre congé de Carnaval… On ne vous reparlera pas d’ « Ernest et Célestine » – qui est ici aussi à l’affiche. Mais sachez que vous avez l’occasion de découvrir, en ouverture de Festival, le dernière long-métrage de Miyazaki, un testament spirituel du grand réalisateur japonais, passionné de splendeur visuelle, qui fut autrefois séduit par ce petit chef d’œuvre de Paul Grimault, « Le roi et l’oiseau » et par la poésie de Prévert qui ajoutait à la maturité narrative du film. Ce fut le début d’une longue filmographie, de « Kiri la petite sorcière » à « Ponyo sur la falaise », de « Nausicaa » au « Voyage de Chihiro ». Liberté de ton, propos toujours nuancés et surtout cette constante volonté de faire le point entre la tradition japonaise et une modernité ouverte sur les grands thèmes universels. Une ouverture de qualité pour un Festival,… du plaisir en perspective, de la poésie, et le lot de découvertes qu’Anima nous a toujours réservées.

 

Mais février c’est aussi le Festival de Berlin, qui en est, lui, à sa 64e édition… et s’est encore affirmé comme un des trois grands rendez-vous cinématographiques, avec Cannes et Venise. Une programmation traditionnellement assez différente des deux autres festivals. Notamment, une ouverture plus spécifique vers les cinémas de l’Est et vers quelques productions venues d’Outre-Atlantique. Il n’est certes par moins vrai que la concurrence de la Croisette est de plus en plus marquée, d’où une certaine déception du côté d’une programmation jugée un peu faiblarde par certains. Mais nous voudrions surtout saluer ici la présence sur la Postdamer Platz d’Alain Resnais (91 ans) et l’hommage unanime qui lui fut rendu pour l’ensemble de son œuvre et pour son petit dernier, qui s’appelle « Aimer, boire et chanter », en fait, le 20e long métrage du cinéaste, qui lui vaut le prix Alfred Bauer décerné à une œuvre qui « ouvre de nouvelles perspectives » à un art qui décidément ne cesse de renaître, avec ici une recréation du langage, qui remplace les décors naturels par des dessins de Blutch et réussit une hybridation entre les codes cinématographiques et théâtraux. Pour la petite histoire, Resnais travaille déjà sur son prochain projet. Le (bon) cinéma est générateur d’une éternelle jeunesse…

 

Le réseau social probablement le plus célèbre, Facebook, fête ses dix années d’existence. Son fondateur, Mark Zuckerberg, a tout lieu de se réjouir, le cours de bourse de son entreprise atteint des sommets, le média intervient dans des créations d’entreprises et de jobs et plus d’un milliard d’internautes ont affirmé qu’ils «  aimaient ». Les résultats financiers viennent confirmer l’excellente santé de l’entreprise, même si certains esprits chagrins se mettent à lui prédire des lendemains moins glorieux. Les arguments utilisés : l’attrait des jeunes pour Instagram (que Facebook a d’ailleurs racheté il y a deux ans), le défi du mobile (mais la percée de Facebook en termes de résultats publicitaires est ici aussi plus que convaincante). Bref, on est toujours très loin des perspectives catastrophiques annoncées par certains et le modèle économique semble toujours avoir de beaux jours devant lui, d’autant que la publicité, qui représente 90 % des revenus de l’entreprise, gagne du terrain aussi bien sur les « murs » que grâce aux outils de ciblage mis régulièrement à jour à l’intention des annonceurs.

 

Enfin, un peu partout et notamment dans le monde de l’enseignement, les célébrations du centenaire de la guerre 14-18 se mettent en place avec plus ou moins de bonheur « pédagogique ». On passe d’activités convenues à des projets originaux qui promotionnent des recherches documentaires ciblées, des recueils de témoignages, des enquêtes photographiques, etc. Nous signalons que le dernier numéro de TDC (Texte et documents pour la classe) ébauche un cadre au sein duquel de telles activités pourraient s’inscrire en bénéficiant d’une mise en perspective. 

 

Ce numéro intitulé « Arts et littérature de la Grande Guerre » évoque toute une production – essentiellement médiatique – centrée sur une mémoire collective qu’il est bon de raviver de temps à autre. Il est ainsi possible de créer un ensemble foisonnant de photos, de textes, de peintures, de caricatures avec des évocations filmiques comme « J’accuse » d’Abel Gance (1919), « Westfront 1918 » de Pabst (1930) ou des œuvres plus proches comme  « La Grande illusion » de Renoir (1937) et « Les sentiers de la gloire » de Kubrick (1957), sans compter les archives filmiques, de quoi organiser une action pédagogique spécifique qui pourrait échapper aux stéréotypes. Et tout ceci, sans oublier évidemment la BD de Tardi…

 

M. Cl.

   


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