MEDIACTU – Septembre 2013

  

Traditionnellement, le mois de septembre débute et se termine par un festival cinématographique. Venise pour ouvrir, le FIFF pour clôturer. La Mostra en était à sa septantième édition. Venise, avec Berlin et Cannes, est un incontournable de la saison, avec une volonté clairement affichée de privilégier le cinéma d’auteur. Avec les Clooney, Scola, Frears, on peut se réjouir d’un cinéma qui préserve la qualité, mais la tonalité générale est plutôt morose et austère. Et les commentaires sont à la déception, certains vont même jusqu’à prédire à la doyenne des festivals un essoufflement fatal. Mais la Mostra, depuis 1932, en a vu d’autres et ce n’est certes pas la première fois qu’on veut la condamner à une fin peu glorieuse. Quoi qu’il en soit, son Lion d’Or est attribué à un documentaire de Gianfranco Rosi « Sacro Gra », consacré aux riverains du boulevard périphérique de Rome. Tiens donc, enfin un documentaire en tête du hit parade…

A l’autre extrémité du mois, le FIFF (Festival International du Film Francophone) de Namur, avec sa 28e édition et ses quelque 150 productions, longs et courts métrages. En ouverture, « La Vie d’Adèle », d’Abdellatif Kechiche. A l’ombre de cette Palme d’Or de Cannes 2013, on souhaite au FIFF une édition passionnante. On vous en reparlera…

Pour le reste, septembre a surtout été marqué par le rachat de « L’Avenir » par Tecteo. On le sait, Tecteo est une intercommunale majoritairement liégeoise et surtout tentaculaire qui s’occupe entre autres de la distribution du gaz et de l’électricité en province de Liège, mais qui en dehors de ses investissements dans le domaine de l’énergie étend aussi ses activités au secteur des télécommunications (VOO). A la tête du groupe Tecteo, on trouve Stéphane Moreau, administrateur délégué, et André Gilles, Président du C.A. Tous deux sont socialistes et ont tous les deux une vie publique par ailleurs assez chargée, puisque le premier a remplacé Daerden à la tête de la commune d’Ans et le second est député provincial en charge de l’enseignement. Ce rachat en a étonné plus d’un car, comme le dit Marc Uyttendaele dans le Soir du 23/09 : « La gestion d’un organe de presse ne fait pas partie des missions des communes… [et] il ne s’agit pas non plus, comme le font les communautés, de prodiguer une aide à la presse ou d’organiser un service public de l’information ». Ce qui suscite l’émoi, dans le monde des professionnels de la presse notamment, c’est que dans cette opération de reprise, des éditions de « L’Avenir », il n’y a guère d’encadrement légal et aucune garantie destinée à préserver l’indépendance des rédactions. Certains vous rétorquent que les rédacteurs du quotidien en ont vu d’autres avec Monseigneur Léonard autrefois, soit… Mais on peut légitimement avoir quelque crainte devant le manque de transparence d’un hold-up comme celui-ci. D’autant qu’il ne s’agit vraisemblablement que d’une première étape avant le « rapprochement » annoncé avec IPM (« La DH » et « La Libre »). Tecteo et IPM le confirment dans un communiqué commun, on va bien vers une même entité. A terme, on aurait ainsi deux grands groupes de presse : Rossel, avec « Le Soir » et « Sud Presse », et celui qui se constitue maintenant avec une presse régionaliste et de nombreuses ouvertures multimédia. Tous les groupes de presse cherchent évidemment des moyens financiers ; la mutation numérique et la crise de la publicité sont les principales raisons de cette recherche de fonds, mais l’indépendance rédactionnelle ne peut « en faire les frais ». Chacun le répète, chacun ainsi essaie de s’en convaincre en invoquant la liberté de la presse…

Celle-ci était à l’honneur, à Liège toujours, mais cette fois à l’Université, à l’occasion de la rentrée académique. Il y a peu, c’était Agnès Varda et la création vidéo qui étaient à l’honneur. Cette année-ci, c’est la liberté d’expression et l’accès aux connaissances qui sont mis en exergue par l’attribution du titre de docteurs honoris causa à six personnalités qui sont les artisans et les défenseurs de la libre circulation des opinions et des idées : Steven Harnard de l’Université du Québec à Montréal, l’un des pères fondateurs du mouvement de l’Open Access favorisant un nouveau modèle de diffusion des savoirs, Gérard Ryle qui dirige l’International Consortium of Investigative Journalists (ICIJ) et qui milite pour la presse d’investigation, l’un des plus beaux fleurons de la profession. Le journaliste kazakh Akhmedyarov aurait lui aussi dû recevoir les insignes pour son travail journalistique dans un Etat qui laisse peu de place à la liberté d’expression ; il n’a d’ailleurs pu être présent. Enfin, trois dessinateurs de presse sont honorés, un sympathique trio qui a toujours défendu la caricature de presse comme une arme de prise de conscience par le grand lectorat des enjeux démocratiques d’une information libre. Il s’agit de Pierre Kroll, de Plantu et de Nadia Khiari, dessinatrice tunisienne, auteure de ce petit personnage délicieux qu’est le chat Willis et sa critique acerbe du pouvoir et de ses abus, du fondamentalisme religieux et de la corruption. Nous ne pouvons que nous réjouir de cette ouverture du monde académique vers le dessin de presse qui nous paraît, en outre, occuper une place de choix dans un apprentissage de l’esprit critique par rapport aux dysfonctionnements de notre environnement social et politique. Et cela vaut aussi chez nous et pas uniquement dans les pays où la liberté d’expression est mise quotidiennement en péril. Kroll nous dit d’ailleurs observer « une pression grandissante de la part de groupes qui s’estiment choqués, voire persécutés par mes dessins : les royalistes, les femmes, les Juifs… Bientôt, ajoute-t-il, il faudra mettre un bandeau au-dessus du dessin ‘Attention, c’est pour rire’ »…

Et, fort heureusement, notre Pierre continue à nous régaler quotidiennement dans « Le Soir » qui change de peau… On observe un resserrement de l’édition avec un passage de quatre à deux cahiers (sauf pour le samedi). Ça devrait permettre une meilleure ventilation des rubriques et faciliter la navigation du lecteur parmi une info qui est souvent frappée d’obésité. Mais ce que nous voulons surtout saluer, c’est le nouveau look de la Une, qui nous paraît plus sobre, moins « panier de ménagère » et plus rationnellement répartie. La présence de l’édito peut être une affirmation forte de l’orientation rédactionnelle de l’ensemble des textes et illustrations. Et, petit détail, la présence en haut de la Une du titre du quotidien, permet de l’identifier plus facilement dans le présentoir du libraire, ce n’est pas à dédaigner. Nous avons aussi l’impression que l’infographie s’offre une place de choix dans la majorité des thèmes traités. Son intérêt pédagogique peut être réel, surtout si l’originalité du graphisme ne vient pas trahir la validité du contenu. Enfin, citons ici une justification de ce changement, telle qu’elle nous est donnée par Christophe Berti, rédacteur en chef du « Soir » (25/09) : « La manière de consommer l’info a évolué et nous devons nous adapter. On voulait plus de complémentarité entre les différents supports. Nous voulions aussi poser un regard critique sur les différentes évolutions autour de nous. La Belgique connaît une nouvelle réforme de l’Etat, ce qui signifie des compétences accrues pour les Régions dans plusieurs domaines qui vont changer la vie des gens. Nous collerons davantage à tous ces changements. Deux cahiers, cela nous permet de mieux marquer le ‘hard news’ et le regard sur les opinions, les loisirs, la santé, la société, etc. ». Cela mériterait d’être discuté, mais nous laissons à nos collègues qui participent avec leurs élèves à l’opération « Ouvrir mon Quotidien » le soin de le faire. Ça peut être un beau sujet de débat…

Clôturons ici mais non sans épingler au passage l’intéressant dossier de « Journalistes » (AJP) sur le journalisme sportif (nous aurons très certainement l’occasion de vous en reparler avec la prochaine sortie de l’ouvrage « 100 ans de journalisme sportif »). Ajoutons enfin ce projet de numérisation des films de la guerre 14-18, qui seront désormais accessibles en ligne (European Film Gateway). Des trésors en perspective, à exploiter par nos collègues historiens, profs de morale, etc. L’anniversaire de la Première Guerre mondiale en 2014 contribuera ainsi à augmenter les ressources pédagogiques.

  

M.Cl.

   


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