MEDIACTU – Juillet/Août 2013

  

« Deux mois de vacances » qu’ils avaient dit… Mais, en fait, il ne fut guère question de trêve estivale ou de farniente dans les médias. Aux marronniers sportifs classiques, aux accidents ferroviaires et autres, au chapelet devenu tout aussi classique maintenant des festivals musicaux, sont venus s’ajouter, en vrac, une abdication, une prestation de serment, une canicule éprouvante, les premiers exercices de musculation des partis préparant mai 2014, le hit parade des cumuls de nos mandataires… Et on en passe, car on pourrait mentionner aussi l’annonce des restrictions financières de la rentrée ou les plans d’assainissement et autres ajustements budgétaires. Et ne parlons même pas des soi-disant nouveautés des grilles TV ou des taux de pénétration des tablettes… Mais, me direz-vous, rien de bien neuf sous le soleil, qui a été particulièrement généreux au cours de ces deux mois d’été. Effectivement, la routine, mais qui anéantit déjà les souvenirs heureux, loin, très loin des multiples déclinaisons de l’émission « Place Royale ».

Mais nous voudrions quand même pointer deux manifestations qui ont suscité intérêt et enthousiasme : d’une part, l’exposition consacrée à Michelangelo Antonioni, d’autre part, celle – moins médiatique peut-être – que l’abbaye de Stavelot nous a offert avec un florilège de photos «  européennes » d’Henri Cartier-Bresson.

« Michelangelo Antonioni, le maître du cinéma moderne » était programmé par Bozar en collaboration avec la Cinémathèque (pour la rétrospective de son œuvre filmique). A vrai dire, une exposition sur un auteur de films n’est pas une initiative particulièrement originale ; avant Antonioni, il y eut Ingmar Bergman, Alfred Hitchcock et plusieurs autres. Habituellement, ce type de projets ne manque pas d’intérêt, car il propose au spectateur – généralement cinéphile averti – des portes d’accès nouvelles, des approches souvent inexplorées de l’œuvre cinématographique, ne serait-ce qu’en la recontextualisant dans un lieu et une époque ou en livrant des documents d’archives qui permettent de mieux percevoir, comprendre, analyser les films évoqués par des photos de tournage, des textes d’interviews, témoignages, etc. Au fond, une exposition comme celle-ci apparaît un peu comme un bonus, tel qu’un éditeur peut en offrir sur DVD. C’est bien de cela qu’il s’agit ici. Les documents présentés et les extraits nous permettent de jeter un autre regard sur le réalisateur ou de nuancer, d’affiner celui que nous nous étions forgé. On le sait, Antonioni fut le peintre passionné de conflits sentimentaux ou psychologiques, il explora la solitude de l’être humain et sa quête d’identité, tout en étant obsédé lui-même par une recherche formelle que son public ne lui a pas toujours pardonnée. Sa rigueur, sa volonté novatrice dans l’idée à développer ou la forme à créer, une sincérité sans concession, ont souvent confiné à l’abstraction et l’ont parfois éloigné de ses admirateurs inconditionnels. Du « Cri » à « L’Avventura », de « Blow Up » à « Zabriskie Point » ou à « Profession Reporter », l’auteur s’est plu à se construire un itinéraire difficile, ardu, puisqu’il n’y a que ceux-là, aurait dit Bergman, qui conduisent aux étoiles… Il y eut aussi, chez lui, ce souci de s’arracher au néo-réalisme du «Cri », à l’emprise d’un Visconti et même à l’environnement italien, pour aller travailler en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis et s’y renouveler. Antonioni, c’est aussi l’histoire d’une constante émancipation pour mener à bien une réflexion tout aussi constante sur le cinéma lui-même. Et puis, l’exposition nous fait aussi mieux percevoir le rôle que son actrice fétiche, sa muse, sa compagne – Monica Vitti – a pu jouer. Elle qui apparaît comme la Femme, à la différence des bourgeoises de Visconti, des putains de Fellini, ou des mères de Pasolini. Elle a pleinement participé à ce modernisme dont Antonioni fut un pionnier toute son existence…

Mais il est une autre exposition que nous devrions évoquer, moins prestigieuse certes, mais elle nous propose aussi d’emprunter un tout autre regard sur la vie et sur l’image. Elle nous présente un choix de photographies de celui qui n’a cessé de souligner l’importance de l’observation et a plus d’une fois affirmé que l’on n’enseignait malheureusement pas à regarder. Henri Cartier-Bresson. Celui qui, avec son ami Robert Capa, fut le fondateur de l’Agence Magnum, est un vrai professionnel du photojournalisme, soucieux de faire respecter les droits du photographe. Pour rappel, Magnum est une coopérative dont l’objectif premier est d’assurer la transparence dans le reversement des droits inhérents à la commercialisation des images. Les photographes sont ici propriétaires de leurs négatifs et peuvent ainsi mieux les contrôler, notamment dans le respect des légendes et des cadrages originaux. Exigences de qualité, éthique de la profession, Magnum est aussi synonyme d’un engagement sur les valeurs humaines qui sont au centre des grands reportages que ses membres vont réaliser en parcourant la planète. Henri Cartier-Bresson en est un exemple significatif, lui que l’on verra en Asie, en Afrique, en Amérique, tantôt dans la Chine de Tchang Kaï-chek ou de Mao Tsé-toung, mais aussi dans l’URSS post-stalinien. Les organisateurs de l’exposition de Stavelot ont voulu se limiter aux seuls reportages européens, mais plusieurs documents télévisuels de l’INA contribuent à nous remettre en mémoire la dimension planétaire de Henri Cartier-Bresson, en nous rappelant aussi que le photographe ne se contentait pas de quelques jours passés ici et là, mais de séjours de plusieurs mois, qui lui permettaient non seulement de construire une empathie avec son sujet, mais aussi de se familiariser avec les dimensions les moins « évidentes » des thèmes qu’il voulait présenter aux lecteurs de « Life » ou de « Paris Match », ou encore de « Neuf », une revue d’art. « Photographier…, disait Henri Cartier-Bresson, c’est mettre sur la même ligne de mire la tête, l’œil et le cœur ». Mais c’est évidemment à lui aussi que l’on doit ce concept de l’ « instant décisif »« Il n’y a rien en ce monde qui n’ait un moment décisif », une expression qui désigne ce moment précis où les choses s’organisent dans le champ photographique, à la fois du point de vue esthétique et significatif. On voit comment un équilibre formel – cette construction géométrique où Henri Cartier-Bresson excellait – permet de révéler l’essence même des choses ou d’une situation. C’est ce principe qui est mis en œuvre dans son recueil « Images à la sauvette », c’est lui que l’on identifie au plus haut point dans photographies comme : « Derrière la gare Saint-Lazare » (cet homme qui semble marcher sur les eaux), ou encore « Bruxelles » (où l’on voit un resquilleur profiter d’un trou dans la toile de protection pour regarder le spectacle gratuitement, alors que son voisin semble faire le guet). Il y a aussi toute la série qui évoque les congés payés du Front Populaire avec les guinguettes et les pique-niques familiaux sur les bords de la Marne,… Cet instant décisif peut surprendre, enchanter le spectateur, mais c’est aussi un clin d’œil qui crée un formidable moment de complicité avec le public. Voilà pourquoi parcourir de la sorte l’œuvre de Henri Cartier-Bresson devient tout à la fois un plaisir esthétique de grande qualité, mais aussi une jouissance dont on aurait tort de se passer…

Et que  s’est-il maintenant passé sur le « front » de l’éducation aux médias ? Notons d’abord que les deux expos en question – Antonioni et Cartier-Bresson – sont des moments privilégiés d’EAM, car au-delà de leur dimension intermédiatique, elles posent au moins chacune une question fondamentale : qu’est-ce que la modernité au cinéma ? qu’est-ce que le reportage photographique ? En outre, cette notion de « moment décisif » devrait être explorée en la transposant dans l’ensemble des productions médiatiques, en identifiant sa nature, sa portée au plan de la réception, son éventuel côté pédagogique… Il y a ici, semble-t-il, tout un domaine à mieux maîtriser.

Mais soyons plus factuel… Rappelons simplement que l’opération « Ouvrir mon quotidien » redémarre dans le fondamental et le secondaire (ainsi que dans le supérieur pédagogique) dès la rentrée, avec une ouverture spécifique à la presse en ligne. Ainsi, les écoles qui en feront la demande disposeront non seulement d’un abonnement « papier » gratuit, mais aussi d’un accès numérique.

Le Concours Vidéo en est à sa neuvième édition et nous allons renforcer encore les aides à l’apprentissage de la communication par l’image animée et le son.

Les programmes de formation continuée des enseignants se mettent en place. Les médias classiques y sont toujours bien présents, mais les outils de l’école numérique et leur intégration pédagogique font aussi l’objet de plusieurs modules, afin de dépasser la seule maîtrise technique et d’en faire un auxiliaire d’enseignement à part entière. Rappelons qu’avant les vacances, septante nouveaux établissements scolaires se sont engagés dans l’expérience de l’école numérique, ce qui porte à une centaine le nombre d’écoles wallonnes qui seront ainsi équipées et épaulées dans leur itinéraire par les conseillers du Service public de Wallonie, de Technofutur TIC et de l’ULg. Du côté du CSEM, les groupes de travail ont redémarré et on parle d’évaluation et de perspectives… Tout baigne donc.

Et voici déjà que la Mostra de Venise, le plus ancien festival de cinéma du monde, organise le gala d’ouverture de sa déjà 70e édition…       

Michel Clarembeaux

   


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