MEDIACTU – Juin 2013

  

Le mois de juin médiatique a largement fait écho à trois problématiques, qui sans être étroitement associées, pourraient conjuguer les dommages collatéraux causés à nos industries culturelles, et plus particulièrement à notre cinéma. Il s’agit de l’exception culturelle, du tax shelter et du principe de territorialité. A quoi fait-on concrètement allusion ? Tout d’abord, l’exception culturelle est un principe qui protège toutes les cultures et langues des pays de l’Union européenne. Ces cultures et langues doivent recevoir un soutien des états membres pour éviter de se faire engloutir par les productions américaines. Et il est clair que le cinéma est tout particulièrement visé. Car son sort – et c’est vrai chez nous, comme en France ou dans les autres pays européens – est suspendu au feu vert que la Commission pourrait donner à un accord global de libre-échange avec les Etats-Unis. Il importe donc que la culture et l’audiovisuel soient exclus de cet accord et du champ des négociations. Mais la Commission ne cesse de répéter qu’il ne faut rien exclure pour que les Américains ne répondent pas par des oppositions dans d’autres domaines, essentiellement économiques et financiers.

La Fédération Wallonie-Bruxelles subsidie une série d’acteurs et de projets culturels, comme les arts de la scène, le livre ou l’audiovisuel. De telles aides deviendraient illégales dans un monde de libre échange global. De même, des quotas de diffusion minimum des œuvres européennes ne pourraient être maintenus. Mais, même chez nous, certains prétendent que la culture est une marchandise comme les autres, même si elle ne peut se réduire à ce seul concept. Ceux-là prétendent que les artistes dépendent de l’Etat, qu’ils vivent en « assistés ». Ils avancent même que le libre-échange devrait permettre à une culture de se réinventer, plutôt que de la maintenir sous perfusion publique. Les autres, au contraire, prévoient l’imminence d’une catastrophe si l’impérialisme culturel américain n’était pas endigué. La pétition lancée par les frères Dardenne s’inscrit évidemment dans cette volonté de résistance. « Si nous parlons du cinéma, ce n’est pas que de l’industrie, mais aussi de l’art. » (« Le Soir » du 11/06). Evidemment, cette double nature du cinéma pour ne citer que lui, n’est pas sans ambiguïté ; le film est bien une œuvre de création artistique, mais aussi un objet médiatique de consommation, qui se situe bien dans une logique commerciale. Une solution de repli pourrait consister à négocier des garanties additionnelles pour soutenir le secteur de la création. Un compromis serait-il pensable pour éviter, directement ou non, que notre identité européenne ne soit bradée par la Commission lors des prochaines négociations ?

La Commission, elle encore, veut également rediscuter le principe de territorialité… De quoi s’agit-il ici ? La Commission interdirait aux Etats d’exiger que les dépenses professionnelles soient effectuées au profit des sociétés taxables fiscalement sur son territoire. Pour l’instant, les aides à la production ou les mécanismes fiscaux, comme le tax shelter, doivent obtenir une dérogation de la Commission. Ces exceptions sont admises car elles participent au principe de l’ « exception culturelle » que nous venons d’évoquer. La remise en cause du principe de la territorialité impliquerait la fin programmée du tax shelter. Pour rappel, celui-ci est un incitant fiscal qui permet à une entreprise d’investir ses bénéfices dans un film en bénéficiant d’une exonération fiscale à hauteur de 150 % des montants investis. On connaît l’importance de ce dispositif pour le dynamisme de notre production cinématographique. Même si d’aucuns insistent pour que cet incitant fiscal soit réformé en profondeur, compte tenu des dérapages ou des dérives auxquels il peut conduire, comme la spéculation au détriment de l’argent effectivement placé dans la réalisation du film.

Les décisions politiques et économiques de la Commission aboutiraient à un effet domino non seulement sur notre cinéma mais aussi sur notre production télévisuelle : la RTBF et ses programmes n’apprécieraient pas. On comprend, dès lors, la mobilisation du secteur, les pétitions et autres prises de position qui ont émaillé tout ce mois de juin.

Mais revenons pour quelques instants encore au quotidien de cette actu… et aux situations concrètes que nous rencontrons.

La Ministre Simonet et le Ministre Marcourt ont annoncé que 72 nouveaux établissements scolaires rejoignent les 28 déjà sélectionnés pour se lancer dans des expériences pédagogiques d’écoles numériques. Il s’agit pour cette centaine d’écoles d’intégrer les outils et pratiques résultant du développement des nouvelles technologies de l’information. Les établissements pourront ainsi s’équiper en matériel informatique, TBI, tablettes, etc., mais ils devront surtout mettre cette infrastructure au service de dispositifs d’apprentissage, de projets et de réalisations impliquant de nouvelles écritures et pratiques collaboratives. On mesure que ce 1,5 million d’euros doit pouvoir conduire ces écoles à une véritable remise en question de la pédagogie qu’elles développent et on peut imaginer que cet appel d’air frais pourrait redynamiser certaines institutions et constituer un nouvel élan, de la maternelle à la formation initiale de nos futurs enseignants. Constituer un nouvel élan et surtout faire tache d’huile…

Toujours « près de chez nous », rappelons que la projection des œuvres sélectionnées du Concours Vidéo du C.A.V. Liège a eu lieu en cette fin du mois de juin. Cinquante-cinq vidéogrammes ont été reçus (5 documentaires, 30 fictions et une vingtaine de vidéos pédagogiques), soit une moisson qui témoigne de l’intérêt développé par nos élèves et étudiants pour la communication par l’image et le son. Nous aimerions reproduire ici la communication que Jean-Jacques Andrien, Président de notre jury, nous a transmise.

« Dans notre monde où l’image est de plus en plus présente : sur internet, à la TV, sur son portable, dans les salles de cinéma, dans la rue, sur les panneaux publicitaires, dans les vitrines, formant notre façon d’appréhender le réel, de l’interpréter, il me semble important, nécessaire, vital, de pouvoir décrypter cette image, de la situer, de savoir pourquoi elle nous émeut ou nous révolte.

Ce concours permet une initiation au « savoir penser » une image par l’expérience de sa fabrication. Il vise une éducation à l’image (et non pas une éducation par l’image).

Cette « éducation à l’image » passe par un apprentissage de ses constituants narratifs (d’où le rôle capital des professeurs) : qu’est-ce qu’une structure du récit audio-visuel, qu’est-ce qu’un plan, un champ/contre champ, une polarisation, un axe, un travelling, un pano, un hors champ, un son direct ou un son seul, une musique au cinéma, etc. Et quels sont les effets de tous ces paramètres sur le récit filmique et par conséquent sur le spectateur ?

C’est dans ce sens-là que l’éducation à l’image nous permet de faire face à une conception standardisante, marchandisante qui nous envahit de plus en plus et détruit les spécificités culturelles et notre pouvoir critique.

Rien que pour vous être lancé dans cette aventure et avoir joué le jeu proposé, chacune des équipes ayant présenté un film à ce Concours mérite d’être primée.

Les films que nous avons retenus dans notre palmarès l’ont été pour l’éclairage qu’ils apportent sur la connaissance acquise des constituants narratifs du récit cinématographique et la pertinence des propos tenus.

Bravo à toutes et à tous.

Et merci au C.A.V. pour cette belle expérience.

Et aussi au Politique de la soutenir. »

Un texte qui nous fait chaud au cœur, bien sûr, mais qui relaie bien un idéal d’éducation aux médias auquel nous voulons souscrire totalement.

Pour le reste… nous saluons l’arrivée des vacances. Ainsi s’ouvre la grande sarabande des festivals. Du côté de chez nous, les Ardentes, les Francofolies, le Jazz Festival de Comblain-la-tour, un peu plus loin, Dour, Werchter, le Pukkelpop…  Mais aussi la valse des séries sur les petits écrans… Et deux expositions à ne pas manquer, celle consacrée à Michelangelo Antonioni à Bozar et celle organisée par l’Abbaye de Stavelot sur Henri Cartier Bresson, deux maîtres de l’image qui ont marqué leur temps, chacun dans une approche évidemment très spécifique. Nous aurons l’occasion de vous en reparler à la rentrée… D’ici là, profitez au mieux des premiers rayons du soleil !

M. Cl.

   


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