MEDIACTU – Avril 2013

 

Avril dans les médias est assez proche d’avril en météo. Un mois de transition, avec des sautes d’humeur encore hivernales et des perspectives plus lumineuses, plus estivales même.

Nous avons pointé trois moments privilégiés de ce no-man’s land culturel : le rapport du CSA, la mutation de la MCFB, l’enquête de l’AJP sur la diversité professionnelle des journalistes de notre Fédération W.B.

Au cours de l’année 2012, le paysage audiovisuel a plus que doublé. Cette soudaine éclosion de nouveaux acteurs - le CSA en régule actuellement quelque deux cents - s’explique par la naissance sur la Toile d’une série de Web TV et de Web Radios. C’est là un premier constat qui, pour l’instance de régulation n’est pas toujours simple à gérer, on s’en doute. Mais l’enjeu en vaut la peine et la journée que le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel avait consacrée aux « nouveaux médias » nous avait laissé entrevoir toute la richesse qui émanait de cette diversité. Si l’univers d’Internet et des réseaux sociaux est particulièrement mouvant, il est en même temps révélateur de beaucoup de créativité, d’audace et d’invention. Autour du thème commun de la convergence, le CSA doit envisager au moins cinq sujets indissociables : les contenus, les marchés, les appareils, les réseaux et la règlementation. Il semble que le CSA ait pris la sage décision de découvrir le mouvement en marchant et d’accompagner les opérateurs en s’ouvrant aux points de vue exprimés et en ne bridant pas les opportunités créatives. Il est évident qu’en termes de participation citoyenne on a ici des trésors à découvrir et une contagion à encourager…

La déontologie journalistique est aussi au centre du rapport. Elle résulte notamment d’une étroite collaboration entre CSA et CDJ (Conseil de déontologie journalistique). Ainsi, le CSA transmet au CDJ les plaintes relatives à l’information, comme le manque d’objectivité, d’impartialité ou d’honnêteté de l’info, la diffusion d’images violentes, la confusion entre information et communication commerciale, ou encore l’atteinte au droit à l’image et au respect de la vie privée. Quant au CDJ, il est chargé de renvoyer au CSA les plaintes relatives à l’audiovisuel.

Enfin, il y a eu – en préparation des élections communales et provinciales d’octobre 2012 – un rappel des règlements relatifs aux programmes de radio et de télévision. Mais, ici également, c’est surtout d’accompagnement des éditeurs de services qu’il s’agit. Et il n’y a d’ailleurs eu aucun incident majeur à déplorer.

A l’occasion du renouvellement de contrat de gestion de la RTBF, le CSA a mis son expertise à la disposition des parlementaires. Une occasion pour le CSA de rappeler quels sont les enjeux et perspectives du service public en Europe d’abord, puis de proposer les premiers éléments d’évaluation du respect par la chaîne publique de ses obligations dans le cadre du précédent contrat de gestion (2007-2012).

Au-delà de ces points précis, il y a évidemment l’encouragement à la diversité culturelle, la mise en valeur des œuvres européennes, l’accueil de chercheurs et de stagiaires.

Citons aussi cette attribution annuelle d’un prix de 2500€ à un mémoire universitaire sur les enjeux de l’audiovisuel. Deux récompenses ont été attribuées cette année, l’une à un travail de master sur le tax shelter, avec ses enjeux culturels et économiques, mais aussi avec ses faiblesses et ses dérives ; l’autre portait sur un sujet beaucoup plus technique… la répartition des compétences dans la gestion du spectre radioélectrique. Applaudissons à cette diversification qui prend en compte non seulement les enjeux juridiques et communicationnels, mais aussi économiques, culturels, politiques, sociologiques ou technologiques.

Venons-en maintenant à l’importante mutation des services de prêt de la MCFB en Points Culture. On le savait, voici quelques années déjà que l’offre en musique et vidéo est concurrencée par le téléchargement et la dématérialisation des supports. Il était urgent de changer de cap. « Ainsi, déclare Tony de Vuyst, directeur général,  nous ne cherchons pas à être exhaustif, mais plutôt à offrir des collections patrimoniales, qui font référence, dans le jazz notamment ». Mais, au-delà de ce concept beaucoup plus spécifique, c’est une véritable modification de la raison sociale qui apparaît… Les « Points Culture » entendent désormais travailler sur la relation aux médias et, plus globalement, au numérique et aux pratiques culturelles que celui-ci influence inévitablement. Ceci veut dire concrètement l’établissement d’un maillage et de partenariats, avec des missions d’information et de conseil sur l’offre culturelle, de diffusion et d’éducation. Chaque « Point Culture » offrira une agora, symbole de rencontres, d’évènements, d’échanges de vues et de médiation. Chacun disposera d’un plateau permettant la réalisation et la diffusion de produits numériques. Les partenaires seront sollicités pour y programmer rencontres et activités. Inutile de dire qu’éducation aux médias et éducation à l’image pourront y trouver une place de choix. Mais il y aura bien ici la nécessité de connaître en amont les programmations de chacun afin de créer les ateliers qui s’y rapportent et de s’intégrer à des actions existantes.

C’est à Liège que le premier « Point Culture » a été inauguré. Une belle réussite, car on quitte le sous-sol un peu tristounet de la Place Cathédrale pour intégrer l’Ilôt St.Michel (Place St.Lambert) et s’installer dans un lieu aéré, lumineux, un espace ouvert symbolisant bien les nouvelles perspectives de l’institution.

Enfin, nous évoquions cette enquête de l’AJP (en collaboration avec le Centre d’Etudes de l’opinion de l’ULg). Il s’agit d’une étude du profil de la profession, visant à mettre en évidence la diversité présente dans la profession journalistique en Fédération W.B. Origine sociale, niveau de vie, convictions politiques, philosophiques ou religieuses, nationalité, etc. Certes, il y a pas mal de constantes qui aboutissent à un portrait type du journaliste... un homme, de 45 ans, universitaire, belge et né de parents belges. Il importe toutefois de nuancer… Ainsi, chez les moins de 30 ans, on atteint désormais la quasi-parité hommes/femmes. Il y a bien une féminisation de la profession, mais qui progresse beaucoup plus lentement qu’en France, par exemple. Il y a 94% de belges parmi les journalistes et leur langue maternelle est le français. La majorité est universitaire et, parmi les moins de 35 ans, la quasi-totalité. La majorité aussi provient d'un milieu aisé, mais se situe légèrement à gauche sur l’échiquier politique. Néanmoins, s’il fallait voter demain, ce serait Ecolo qui remporterait de loin les suffrages. Cependant, nombreux sont ceux qui veulent souligner la distance qui existe entre leur métier et leurs choix politiques. Par ailleurs, on notera aussi, très souvent, un engagement dans l’associatif…

Même en nuançant, on découvre donc une profession assez uniforme, bien que la diversité s’y installe lentement. Mais il faudrait aider les femmes à s’y stabiliser, car il y a une sortie massive vers l’âge de 35 ans. Les entreprises médiatiques devraient aussi favoriser leur ouverture à davantage de journalistes de cultures, d’origines et de religions différentes ; il faudrait favoriser cette diversité dans les écoles de journalisme via le développement de classes préparatoires. Ce dernier point nous semble important, car il va de soi que la diversité des origines influence les représentations et l’on connaît le rôle que ces dernières jouent dans la sélection, la hiérarchisation et la mise en forme de l’information. Pour ceux qui veulent en savoir plus, l’enquête est en ligne sur ajp.be/diversité et fait l’objet d’une brochure publiée par l’AJP.

Voici pour l’essentiel, mais nous nous en voudrions de ne pas saluer au passage la double page que « Le Soir » du 16 avril consacre au « dessins de presse, baromètre de la liberté d’expression ». L’article annonce la sortie, sur le site du quotidien, du documentaire du belge Olivier Malvoisin « Fini de rire », qui dénonce les menaces pesant sur les dessinateurs de presse. Leur impertinence et leur audace risquent tôt ou tard de le céder à une forme d’autocensure devant les dangers réels auxquels ils s’exposent. Les caricatures de Mahomet dans le journal danois « Jyllands-Posten » ne sont pas étrangères au malaise et les six ans qui se sont écoulés depuis lors n’ont pas désamorcé la bombe… Ce qui veut dire que même dans les états démocratiques, ou qui se présentent comme tels, le pouvoir peut se montrer extrêmement susceptible. Evidemment, si un dessin de presse a touché juste c’est, dit Malvoisin, qu’ « Il a transformé un non-dit en débat ». Il faut aussi ne pas oublier que les auteurs n’ont pas tous la chance d’être des salariés comme Kroll ou Plantu et que le dessinateur indépendant risque d’être plus soumis à la ligne rédactionnelle et aux injonctions plus ou moins diffuses de la direction. L’article se clôture avec une évocation du 3ème Festival international du dessin de presse à Caen.

Pour clore, nous aussi, signalons qu’il y eut le Festival du Film fantastique (le BIFF 2013), qui se passait pour la première fois au Bozar. Le cinéma espagnol s’y distingue toujours, et pas seulement avec Blancanieves, mais l’inventivité du cinéma sud coréen y a fait aussi merveille… Enfin signalons que le Festival du film policier de Liège n’est pas encore au rayon des « affaires classées », disons même qu’ « il persiste et signe »...

 

M.Cl.

 

   


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