MEDIACTU – Décembre 2012

 

Une année se termine… Elle ne fut pas de tout repos. Crise politique et financière, élections problématiques, guerre en Syrie, au Congo, soubresauts post-révolutionnaires en Tunisie, en Egypte, incertitude climatique, malaise social qui s’accentue un peu partout, perspectives qui semblent définitivement plombées. Les quelques moments positifs de 2012 ne semblent plus guère faire le poids. La tuerie de Newtown semble être à l’aune d’un monde déboussolé, en plein marasme. Dans leurs bilans et rétrospectives de fin d’année, les médias sont là pour nous remettre en mémoire des images qui semblent déjà oubliées ou qui se confondent dans une inquiétante banalisation. Et ici réside peut-être le réel danger, celui d’un environnement de haine ou de bêtise, qui se forge sous nos yeux, dans un certain fatalisme.

Certes, diront les plus optimistes, il y eut aussi les Jeux Olympiques, la victoire d’Obama et, chez nous, la sortie de crise… Soit, si l’on veut… Essayons-nous donc à l’optimisme. Il y eut même ce prix Nobel de la paix attribué à l’Europe. Ne serait-il que le symbole d’une belle période de paix, il mériterait d’être apprécié sans réserve. Les BD de Jacques Tardi sont là pour nous le rappeler à bon escient. Soyons donc optimistes, le printemps est pour demain...

Chez nous, décembre à commencé avec une mise en relief de Liège. Oh, pas vraiment dans son duel avec Astana pour l’exposition 2017, mais bien avec sa quatrième édition du 3D Stereo Media. Même si la 3D n’est pas (encore) devenue ce formidable enjeu commercial (et esthétique?) pour les salles obscures, même si elle s’est essoufflée rapidement dans quelques superproductions comme Avatar ou l’un ou l’autre film d’animation, elle demeure un enjeu scientifique d’importance. Le relief au cinéma ou à la maison reste bien un domaine de recherche, à la croisée de la science, de la technologie et de l’art. D’ailleurs, affirme audacieusement le Professeur Verly (ULg), concepteur de la manifestation, «le cinéma en 2D n’est qu’un accident historique»… Pour l’instant, il met au point un système de navigation neurochirurgical 3D. On est loin ici des effets spéciaux du film de Cameron et, cependant, l’image en relief accueille aussi un marché du film. EVS, Digital graphic, sont parmi ces entreprises liégeoises qui, disent certains, finiront par transformer la Cité Ardente en Silicon Valley wallonne…

Mais du futur, opérons un flash-back de plus de 125 ans. Le 17 décembre 1887, un certain Emile Rossel crée, grâce à la pub, un journal gratuit qu’il baptise Le Soir, un quotidien qui se veut libre de toute opinion politique ou religieuse. Il se bat, à l’époque, pour le suffrage universel. 125 ans plus tard le défi se situe toujours au plan de la liberté de pensée et d’expression, mais tout autant au plan de la révolution numérique et de toutes ses déclinaisons. Pour célébrer cet anniversaire, le quotidien publie six livraisons spéciales : le journal du passé, frappé du sceau de la désuétude ou de la sobriété…, le journal du futur, à lire à l’horizontale, comme s’il s’agissait d’une tablette, des contenus tout à la fois inquiétants et excitants à découvrir. Vient ensuite le journal des enfants, avec le défi d’essayer d’expliquer l’actu à un lecteur de dix ans ; puis, un journal des personnalités, où nos personnalités politiques se livrent à leur tour à l’exercice de l’interview. Ensuite, un journal historique qui se livre à cet exercice périlleux de sélectionner dans ces 125 ans d’actualité, des événements, des catastrophes, des faits divers savoureux, des personnalités aussi : juristes, hommes de lettres, comédiens, tout à la fois un exercice d’équilibre et de complicité. Enfin, le journal des bonnes nouvelles, celui dont rêvent les rédacteurs et les lecteurs, il paraît évidemment au lendemain de la fin du monde annoncée. C’est le clin d’œil, le verre à moitié plein, l’euphorie. Un beau cadeau d’anniversaire pour les lecteurs. Rappelons quand même que ce florilège a succédé à une journée de non-parution du Soir. Il s’agissait d’une grève décidée par une partie du personnel de la société, suite à l’annonce d’un plan d’économie. Ce plan d’économie résulte notamment de la réduction des investissements publicitaires. Le paradoxe veut qu’Emile Rossel, il y a 125 ans, avait fondé son journal avec les produits qu’il gagnait à l’époque comme agent publicitaire…

On devrait évoquer aussi le nouveau contrat de gestion de la RTBF et les tractations budgétaires dont il a fait l’objet. Mais au-delà de celles-ci, pointons quelques unes des missions auxquelles le service public devra faire face avec les moyens financiers dont il disposera. Plusieurs d’entre elles intéressent directement l’éducateur aux médias. Il y a, d’abord la numérisation d’archives audiovisuelles qui seront mises à la disposition du monde enseignant. On imagine volontiers qu’il y a parmi ces archives pas mal de documents de qualité qui – pédagogisés ou non – pourraient venir alimenter des cours de morale, sciences sociales, etc. par leurs contenus mais aussi par les représentations qu’ils proposent et par leur mise en images et en sons, dans certains cas particulièrement révélatrices d’un état d’esprit, d’une option politique, ou tout simplement d’une mode.

Parmi les obligations du nouveau contrat, il y a la diffusion hebdomadaire d’une série belge «locale et populaire». On peut évidemment s’interroger sur ces deux épithètes, et on ne manquera certainement pas de le faire. Un projet coûteux qui devrait trouver un financement auprès de différents fonds de production audiovisuelle. Mais on attend avec intérêt les premières orientations de ce nouveau programme. Et à un moment où beaucoup de nos collègues ont trouvé dans les feuilletons et les séries – pas exclusivement américaines d’ailleurs – des ressources narratives ou culturelles pour leur cours, on pourrait imaginer qu’une telle initiative devrait pouvoir les accrocher.

Ajoutons encore à ces nouvelles missions un retour des émissions de médiation. La dimension sociale des médias prend une telle importance qu’il serait effectivement regrettable de ne pas revenir à ce type d’émission qui peut apporter beaucoup à chacune des parties, pour autant que ces émissions ne soient pas programmées à des «heures indues». Il y a aussi cette plateforme de concertation entre la RTBF et les acteurs du monde culturel – y compris jeunesse, enseignement, audiovisuel – afin d’échanger et de s’informer mutuellement. Rien quant à l’éducation aux médias… Mais, comme d’habitude, on peut imaginer qu’elle est comprise dans l’ensemble des dispositions à prendre!

On pourrait vous parler aussi du «befilmfestival», qui clôture le mois et l’année, avec une nouvelle édition centrée sur le cinéma belge du nord et du sud et un échantillonnage assez représentatif de notre cinéma national, puisque les Lafosse, Lanoo, Belvaux, Pirot, y figurent aux côtés des Somers, Van Mechelen et Van Groeiningen.

Et puis, terminons cette rubrique avec la chronique d’une mort annoncée, celle d’un média cependant très sympathique : les cartes de vœux de Noël et de Nouvel An, qui se voient désormais détrônées par les mails de fin d’année et les cartes animées Jacquie Lawson ou autres. Le remplacement semble inéluctable et nos manteaux de cheminée seront bientôt orphelins de ces sympathiques guirlandes colorées qui les décoraient encore il y a peu…

 

M.Cl.

   


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