MEDIACTU – Octobre 2012.

 

Les élections communales et provinciales ont littéralement conditionné les médias d’information tout au long de ce mois. Les médias ont, en effet, fait largement écho aux enjeux électoraux, aux pré-accords conclus ou supposés, aux alliances qui se sont faites et défaites au gré des votes exprimés lors de ce scrutin. Presse écrite, audiovisuelle et réseaux sociaux ont rivalisé au plan communicationnel pour relayer non seulement les résultats et les nouveaux partenariats, mais aussi et surtout pour donner la parole aux multiples acteurs de l’événement. On a donc eu droit à des interviews vengeresses, à des justifications compatissantes, à des déclarations matamoresques. La vie politique est décidément une grande scène de théâtre où chacun tient à faire entendre sa voix, en fonction d’un scénario souvent écrit de longue date. On a pu ainsi mesurer les avancées significatives, les reculs trop souvent minimisés, les statu-quo travestis en chroniques d’une victoire annoncée. Mais entre ce 14 octobre et 2014, chacun peut imaginer que le chemin sera court, bien que l’itinéraire risque d’être sinueux, les obstacles multiples et les faux-fuyants encore plus nombreux. Mais déjà, on remet le couvert avec les duels télévisés Obama-Romney et on peut évaluer, ici plus qu’ailleurs peut-être, combien de telles scénographies nous éloignent des vrais problèmes.

Ceux-ci inexorablement s’abattent sur nous sans crier gare…

Ford Genk, moins dix mille emplois.

Mais octobre dans les médias ce fut aussi – et pour cause – un débat sur la valeur des sondages («Le Soir» du 10/10). François Heinderyckx y met en garde contre ces initiatives qui s’autoproclament sondages et qui ont tout au plus la crédibilité d’un micro-trottoir. Ils sont nombreux ceux qui se contentent de réunir quelques avis, mais qui ne sont en rien représentatifs d’une quelconque opinion publique. Et le sociologue des médias d’attirer l’attention sur le bricolage que certains sondages mettent en place avec des échantillons tronqués. Il ne faut, dès lors, point être étonnés d’importantes marges d’erreurs dans les prédictions… «Les sondages peuvent-ils influencer le scrutin?  La réponse est claire : «Oui… car il y a une hypothèse qui dit que la personne indécise aura tendance à voter pour le vainqueur annoncé». Mais, ici aussi, il importe de relativiser une telle opinion. Ceci étant, il y a peu de pays qui interdisent ces sondages à la veille du scrutin. Quoi qu’il en soit, le sondage d’opinion est devenu un véritable enjeu, mais celui-ci réside surtout dans la capacité que, l’électeur moyen a de lire, de comprendre et d’interpréter un sondage. Et ici, il nous faut bien admettre que le plus grand flou règne. Sur ce plan, nous voudrions vous faire deux suggestions. La première consisterait à découvrir les tenants et aboutissants de la problématique dans l’ouvrage de Denis Perigaud «Secrets de sondages» (Le Seuil. 2011), que nous vous avons présenté dans la rubrique «Ouvrages récents». La deuxième suggestion est de participer, le vendredi 9 novembre à Tihange, à la journée des profs relais en presse écrite. Elle sera consacrée à la compréhension, à l’interprétation et à l’exploitation des sondages, statistiques et autres infographies, dans les médias.

Si les sondages étaient à mettre en relation avec les élections qui ont monopolisé les médias en octobre, l’environnement Facebook ne doit pas non plus être oublié, car il représente pour bon nombre de candidats une stratégie supplémentaire à mettre en œuvre pour diffuser leurs idées politiques et trouver un soutien non négligeable de groupies potentiels. Le/les réseau(x) comme appui logistique à exploiter par les candidats en mal de voix, c’est d’abord Facebook, d’autant que l’entreprise a récemment annoncé avoir dépassé le milliard d’utilisateurs actifs, même si son taux de pénétration dans certains pays reste assez réduit. Certains n’ont d’ailleurs pas manqué de contester cette croissance exponentielle du réseau. Ces réticences se basent notamment sur les techniques utilisées pour comptabiliser les profils, sachant aussi que les faux comptes occupent dans l’effectif du réseau social un pourcentage important. Incidemment, la Belgique est répertoriée comme 38ème pays au monde avec quelque 4,8 millions d’utilisateurs, évidemment très loin derrière les Etats-Unis (166), le Brésil (58) ou l’Inde (55). Il est intéressant aussi de noter que la moyenne d’âge des utilisateurs est passée en quatre ans de 26 à 22 ans, avec une bonne heure de connexion par jour.

Pour rester dans les chiffres, on nous annonce aussi qu’un Belge sur six aura acheté un téléphone intelligent en 2012. Avec la Saint-Nicolas et les fêtes de fin d’année, on risque bien d’atteindre les deux millions de smartphones écoulés chez nous. Serait-ce là un des nombreux paradoxes de cette crise que nous vivons au quotidien ou le besoin de s’interconnecter serait-il devenu à ce point irrésistible?

Mais bouclons ce Mediactu avec l’évocation d’une journée qui ne manquait pas d’intérêt. Elle eut lieu au Palais des Académies à Bruxelles et était consacrée à l’égalité des sexes dans les manuels scolaires. Nous en parlons dans Ouvrages récents puisque «Sexes et manuels» y fait l’objet d’une présentation plus détaillée. Cette journée, organisée par la Direction de l’Egalité des chances fut introduite par la Ministre Fadila Laanan qui évoqua le harcèlement dans l’espace public et revendiqua une culture du respect pour toutes et tous. Cette culture doit s’apprendre dès l’école. C’est pourquoi il y a tout lieu de se réjouir d’une publication comme celle-ci, une publication qui vise à donner des clés de lecture et à développer un sens critique face aux représentations stéréotypées inégalitaires des hommes et des femmes, des filles et des garçons, susceptibles d’être véhiculées par certains manuels scolaires.

Roger Godet, inspecteur général coordonnateur, mit en évidence l’importance de ces manuels dans les programmes prescrits, réels, mais aussi latents ou cachés, car on se trouve bien ici au coeur de la problématique de la discrimination qui agit, dans la plupart des cas, sur un public inconscient de ses effets.

Nicole Mosconi, professeure en sciences de l’éducation à Paris X Nanterre et Sylvie Cromer, maîtresse de conférences en sociologie à Lille 2, soulignent le fait que le manuel scolaire est à la fois un outil éducatif et un vecteur de normes et de valeurs. Les stéréotypes sexistes y sont bien présents, dans la mesure où ces manuels scolaires sont produits dans le cadre du système de genre qui caractérise nos sociétés, un système qui se traduit par des normes interdépendantes et hiérarchisantes, qui concernent tant les attributs physiques et psychologiques que les rôles, conduites et relations entre sexes. Pour dépasser ce constat, il faut une attitude volontariste. Il s’en dégage des pistes pédagogiques et plusieurs niveaux possibles d’actions portant sur la production des manuels scolaires, leur choix, leur utilisation.

Eliane Gubin et Anne Morelli, respectivement professeures émérite et ordinaire à l’ULB, évoquent, quant à elles, l’histoire telle qu’elle est enseignée à l’école, une histoire essentiellement masculine, une histoire qui est le reflet des stéréotypes imprégnant les mentalités. Il est donc urgent de proposer un manuel avec des leçons «mixtes», où les femmes apparaissent comme de véritables actrices des mouvements économiques, politiques, sociaux ou religieux, et non simplement comme fille d’un tel ou maîtresse d’un autre…

Vint ensuite la présentation par Alexandra Adriaenssens de l’outil «Sexes et manuels», qui sera adressé à tous les acteurs concernés, un outil visant donc à promouvoir le développement du sens critique face aux stéréotypes sexués.

Ne quittons pas le domaine sans rappeler que la RTBF va prochainement diffuser un programme intitulé «La boîte à clichés». Il s’agit de capsules vidéo signées Stéphane Hoebeke, juriste à la RTBF. Le programme entend décoder notre rapport aux stéréotypes et provoquer une réflexion sur le discours et les images dans les médias qui ne cessent de nous proposer de tels stéréotypes. Un questionnement sur les clichés et les préjugés qui y sont intensivement associés. Nous aurons l’occasion de vous en reparler, car il s’agit bien, ici aussi, d’une belle initiative d’éducation aux médias.

Mentionnons enfin, le jugement du tribunal de première instance de Liège déboutant le Général Numbi, qui voulait faire valoir son droit à l’image et obtenir le retrait de l’affiche annonçant la sortie du film «L’Affaire Chebeya, un crime d’Etat», du journaliste réalisateur liégeois Thierry Michel. Le Droit à l’information semble bien avoir pris le pas ici sur le droit à l’image, avec une représentation n’impliquant pas une «atteinte à l’honneur» du chef de la police congolaise…

 

M.Cl.

   


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