MEDIACTU – Septembre 2012.

 

Après la prétendue «torpeur» estivale, qui ne cessera en fait d’être secouée à la fois par les manifestations sportives de tout bord et les festivals musicaux de tout horizon, voici la rentrée…

On a l’impression qu’après le fracas de l’été, elle se veut timide, en demi-teintes. Et cependant les nouveaux défis sont déjà tous présents et entendent bien, eux aussi, être relayés dans les médias. Les élections du 14 octobre y figurent évidemment en bonne place, mais pendant ce temps, les rentrées se bousculent au portillon : rentrées politique, scolaire, académique, littéraire, judiciaire, … Les nouveaux programmes TV, les nouvelles équipes de foot et les nouvelles «formes de croissance» économique, se frayent aussi un chemin parmi les rubriques de presse. Septembre, nous rapportent les cahiers Economie, n’a jamais recensé autant de faillites et, forcément, autant d’emplois sacrifiés. La rentrée sociale risque d’être chaude, très chaude…

Et pendant ce temps-là… eh bien, la saison cinématographique a repris avec sa sarabande de festivals, Venise, Deauville, Namur… La Mostra, le festival le plus ancien au monde, a ouvert le mois de septembre avec sa 69ème édition et un contingent impressionnant de films américains au programme, des Brian de Palma, Terrence Malick, Robert Redford et autres grandes pointures… Parallèlement, le Festival de Deauville, consacré au cinéma américain comme chacun sait, défrayait la chronique avec quelques jolies participations. Côté cinéma toujours, le 27ème FIFF (Festival International du Film Francophone) a ouvert ses portes le 28 septembre. Espace obligé de la production francophone, c’est l’occasion ou jamais de s’offrir ici un panorama de qualité sur ce qui se tourne aussi bien en France qu’au Vietnam, en Afrique qu’au Québec, avec évidemment une ouverture privilégiée sur ce qui se passe chez nous. C’est d’ailleurs une production belge «Tango libre» de Frédéric Fonteyne qui lance la programmation après avoir remporté le prix spécial du jury Orizzonti à la Mostra, que nous évoquions il y a un instant. On se souviendra que Fonteyne est l’auteur de «La femme de Gilles» et d’ «Une liaison pornographique», qui avait déjà défrayé la chronique à Venise en 1999. Bruno Polyadès, préside le jury international, qui aura à choisir parmi pas moins de seize longs-métrages. Mais notons aussi le souci pédagogique des organisateurs du FIFF, qui ont programmé la visite d’un plateau de tournage, des leçons de cinéma, des animations au FIFF Campus et le rendez-vous du documentaire belge.

Abandonnons le domaine du cinéma, mais non sans saluer la naissance d’une cité française du cinéma sur les bords de la Seine. Il s’agit d’un projet un peu fou porté par Luc Besson. C’est une ancienne centrale thermique qui abritera le cœur de la Cité avec ses neuf plateaux de tournage, flanqués de loges, ateliers de décoration, etc. bref, un lieu qui réunira tous les postes de tournage et de post-production. On y trouvera aussi deux écoles de cinéma, l’une gratuite, l’autre professionnelle : l’école Louis Lumière. Gigantisme en pleine crise, diront certains, mais d’autres souligneront la valeur ajoutée d’une telle initiative et son intérêt en termes de co-productions. Les cinéastes américains ne semblent pas, en tout cas, être indifférents au projet de l’auteur de «Léon» et du «Grand Bleu».

Laissons là le grand écran pour noter, au passage, que le petit se porte à merveille en dépit des mauvaises langues qui vous répèteront que l’on est passé du tout TV au tout Internet. D’après la Régie publicitaire IP, dans la moitié des pays européens, la consommation télévisuelle est en hausse. Ainsi, chaque Belge passe aujourd’hui 3 H 44 devant sa télé, soit la moitié de son temps libre, sachant aussi qu’un de nos concitoyens sur deux est équipé d’un poste HD et que les écrans plats sont désormais monnaie courante. Il n’est pas non plus innocent de savoir que l’interactivité entreprend sa grande percée, près de 8% des foyers ont une télé branchée à Internet. Les annonceurs continuent d’ailleurs à privilégier la TV comme vecteur de pénétration dans le public, le succès d’audience garantissant le succès commercial.

Après tout, «The Voice» avait contribué à «booster» le moral des chaînes. En sera-t-il de même avec «Belgium’s got talent» ? Sur ce point, nous aurions plutôt des réserves à émettre, même si l’on trouve la même volonté d’une stratégie multimédia, applications pour smartphones et mise à contribution des réseaux sociaux.

Ces derniers ont fait l’objet de plusieurs émissions de TV précisément, dans la foulée de la programmation de ce film-événement qu’est «The social network» qui évoque la vie de Mark Zuckerberg, l’inventeur de Facebook, du moins le prétend-il. Le succès de cette invention, en tout cas, n’a cessé de faire des vagues, comme réseau social d’abord, comme valeur boursière en outre. Emissions, débats, coups de gueule, comme celui de Serge Tisseron qui n’hésite pas à qualifier Facebook de «saloperie» quand il est notamment utilisé par des jeunes en dessous de 12 ans. A cet âge, nous dit-il, 90% des 12 ans ont déjà un compte Facebook et ils gèrent souvent très mal leur(s) profil(s). Comment sécuriser le contenu de leur message, comment leur faire prendre conscience des possibilités de détournement des infos qu’ils confient à Facebook et de leurs données personnelles. Comment les sensibiliser à l’ambiguïté créée chez leurs interlocuteurs par plusieurs identités d’emprunt? Comment répondre à la fascination de l’interdit? Et d’ajouter («Le soir» 20/09) «Pour être bien introduit aux écrans, il faut l’être au bon moment». Ce n’est évidemment pas à Serge Tisseron qu’il faut remettre en mémoire toute l’importance de l’éducation aux médias, et tout particulièrement, de l’éducation à l’accès que les nouveaux médias ouvrent aux mondes virtuels. Mais on a parfois l’impression en lisant son interview qu’il est en train d’opérer un sérieux virage sécuritaire…

Le virtuel… Toutes les campagnes électorales que nous connaissons s’y invitent abondamment, sans pour autant réussir à supplanter ce très vieux média qu’est l’affiche. Blog personnel alimenté en continu, site, comptes Facebook et Twitter, mailing, bref tout l’arsenal technologique est mis en œuvre pour convaincre et séduire l’électeur. Mais chacun est aussi conscient que le contact personnel et la poignée de main sur le marché hebdomadaire risquent de rapporter plus de suffrages que toutes les mailing lists réunies. Puis, il y a aussi ceux qui expérimentent en collant des affiches virtuelles sur la façade des voisins ou du concurrent. On met ainsi des applications mobiles personnelles à télécharger sur son smartphone. Aspect ludique assuré, même si ça sent un peu la blague de potache.

Avec tout ça, on en oublierait presque de vous parler presse écrite. Celle-ci a été, une fois encore, secouée par la publication des caricatures de Mahomet dans « Charlie Hebdo » Après la diffusion sur le Net du film anti-islam «L’innocence des musulmans», on a pu craindre une nouvelle flambée de violence. Trente personnes ont déjà trouvé la mort dans l’aventure. Fallait-il remettre de l’huile sur le feu en revendiquant le droit de ne pas abdiquer devant les fous de Dieu? Entre liberté de la presse et irresponsabilité éditoriale, la voie est bien étroite, elle serpente entre audace et provocation, entre courage et inconscience.

Un mot encore à propos des droits et devoirs de la presse, il nous est suggéré par le mensuel de l’AJP «Journalistes». Il concerne la presse dans les prétoires, une présence qui semble déranger Bruno Dayez, avocat et chroniqueur dans plusieurs médias. Evacuer les journalistes des palais de justice équivaudrait à les cantonner dans la seule instruction et à les exclure de la justice en action. En tout cas, un beau sujet de débat de fond ou… de simple polémique.

Et puis, le n°53 du bulletin d’information du CSA «Régulation» vient de nous parvenir avec un titre alléchant : «29 idées en faveur du secteur audiovisuel». En fait, autant de rubriques rédigées et promues par des acteurs ou observateurs de notre paysage audiovisuel en Fédération Wallonie-Bruxelles. On a ici un échantillonnage particulièrement riche de suggestions, souhaits, ou regrets, un échantillonnage aussi de la diversité et du dynamisme d’un secteur cependant aux prises avec un contexte économique difficile et des mutations technologiques de plus en plus contraignantes. On y trouve aussi bien des représentants du Conseil de la jeunesse, du CRIOC, de Belgacom, des TV communautaires, de RTL, de Nostalgie, de Tecteo que de Tests Achats, du CSEM, du Centre pour l’égalité des chances, de CABLO Europe ou de l’Union belge des Annonceurs… Il y a bien quelques absents de marque, mais nous ne leur en tiendrons pas rigueur. Après tout, il y avait les grandes vacances… Ce que nous retiendrons surtout, c’est ce paragraphe extrait de l’éditorial : «… un panorama non exhaustif de la diversité des approches, des espoirs, des préoccupations, des revendications de personnalités de tous horizons. C’est aussi un panorama des rencontres qui émaillent le quotidien de toute l’équipe du CSA et qui donnent toute sa richesse et son intensité à notre travail». Epinglons enfin, dans cet ensemble, l’intervention de Tanguy Roosen, Président du CSEM, qui par rapport à la télévision connectée et aux aspects technologiques rompt une lance en faveur des contenus et de leur adéquation aux publics, des dispositifs de formation et d’un financement de la création ainsi que des dispositifs d’éducation aux médias. Un plaidoyer bien nécessaire pour une «littératie médiatique», qui doit dépasser les initiatives ponctuelles et construire un maillage serré tant sur le plan scolaire qu’associatif. Roosen présente aussi un rapprochement CSEM-CSA comme particulièrement pertinent dans une période de grandes turbulences.

 

M.Cl.

   


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