MEDIACTU – Juin 2012

Juin est un mois de transition… Une année de travail se termine, un dernier rush avant des vacances « bien méritées », dit-on, la perspective d’une détente, d’un autre rythme, d’un air différent, avec souvent la rentrée en ligne de mire. Première sess., pré-soldes, terrasses bien remplies entre deux averses.

Médiatiquement, cette année, les reportages de l’Europa League le cèdent à ceux des arrivées du Tour. Les échos de la Croisette se sont dissipés, depuis belle lurette, semble-t-il, avant que d’autres festivals prennent le relai. Ce sont Werchter, Dour, Les Ardentes, Couleur Café ou les Francofolies. Une nouvelle saison est ainsi lancée, les prémisses d’un été où il ferait enfin bon vivre, un été pour oublier ce dont les médias n’ont cessé de nous abreuver : la crise, l’austérité, l’euro, les conflits larvés et tous les autres qui n’en finissent pas d’éclabousser nos bonnes consciences.

Ainsi, même en période de transition, l’actu ne cesse de nous prendre par le bras ou de nous saisir à la gorge. Parfois aussi, elle se présente sur un mode mineur et nous fait sourire. Telle cette photo très officielle du président Hollande réalisée par Raymond Depardon et trafiquée pour le Net avec, en arrière-plan, dans les jardins de l’Elysée, un troupeau d’éléphants dont on peut imaginer qu’ils représentent le PS hexagonal. Mais l’on voit aussi Valérie aux côtés de François, ceci avant que la « first girlfriend » de France ait descendu sa rivale sur Twitter.

Ainsi, médias classiques et nouveaux médias s’en donnent à cœur joie. Et pendant ce temps, le Brussels Film Festival célèbre sa dixième édition à Flagey avec un même objectif : faire découvrir le meilleur des films made in Europe, un panorama forcément assez hétéroclite qui prend en compte tous les genres et, surtout, multiplie les Master Classes, avec des Lucas Belvaux ou des Peter Greeneway. Cinéphiles, professionnels et grand public sont au rendez-vous, pour participer notamment à un grand débat cinéma musique et à une rencontre entre compositeurs de musique de films, réalisateurs et producteurs belges. Avec aussi à la clé, une sélection de compositions musicales et un « speed-dating » pour convaincre. Ajoutons-y un après-midi de présentation d’œuvres littéraires d’auteurs de la Fédération Wallonie-Bruxelles pouvant faire l’objet d’une adaptation cinématographique ou télévisuelle.

Mais restons dans le cinéma et à Bruxelles pour évoquer une disparition, celle de l’ « Ecran total » qui depuis plus de vingt ans était devenu un rendez-vous incontournable organisé par l’équipe de l’Arenberg. On pouvait tout à la fois y découvrir des inédits et y apprécier d’heureuses reprises. Il faudra donc se satisfaire uniquement du Prix de l’âge d’or et des Cinédécouvertes à la Cinémathèque. Pour rappel, une programmation basée sur des films non distribués en Belgique, mais qui ont été sélectionnés dans de grands festivals internationaux pour l’originalité de leur thème ou leur audace esthétique. La plupart des productions sont françaises ou hispanophones. Côté des thèmes et des genres, on passe de l’expérimental au pamphlet politique ou au drame intimiste.

Venons-en aux médias écrits… Saluons tout d’abord, sans réserve, la sortie d’un numéro « Espace de Libertés » consacré à la « presse sans stress ». La revue du Centre d’Action Laïque s’attache à traiter quelques problématiques interdites aux médias, qui devraient être l’interface entre la presse et le citoyen, ou un rempart contre les dérives de la démocratie. Deux fonctions qui peuvent être assumées pour autant qu’il y ait bien une liberté dans les faits et qu’il n’y ait pas de manipulation de l’information. Des questions fondamentales sont posées, elles concernent non seulement la rentabilité des médias et leur rapport avec les bailleurs de fonds, elles touchent aussi à l’émergence de nouveaux canaux de diffusion et d’un éventuel contrôle citoyen, à la nécessaire vitesse de l’info au détriment de sa lisibilité et de sa précision, à l’influence de la publicité sur le média, ou encore aux relations parfois discutables entre journalistes et monde politique. La déontologie d’avenir du journalisme d’investigation, les perspectives pour les pureplayers d’info, des sites indépendants de tout groupe de presse traditionnel, la critique des médias ou la critique de nous-mêmes… On y relève les noms de Martine Simonis, Yves Kengen, Jean-Jacques Jespers, André Linard, … Bref, un très beau document pour s’interroger sur notre quatrième pouvoir et pour lancer des débats à son propos.

Si nous saluons la sortie de ce numéro, nous nous devons aussi de signaler la disparition de la revue « Media », étranglée par le peu de rentrées publicitaires. Elle s’était fixée comme objectif de nous apprendre à « lire entre les lignes » et rappelons qu’elle hébergeait depuis quelques années la revue « Médiamorphoses » lancée en janvier 2001 par Geneviève Jacquinot-Delaunay, dont l’édito à l’époque commençait ainsi : « Lire une image, apprendre la télévision, faire un journal, se repérer dans une banque de données d’archives audiovisuelles, réaliser une émission de radio, analyser les médias, s’initier à Internet, apprendre à voir, communiquer en réseau... autant de pratiques pédagogiques innovantes bien que toujours marginales… ». Et c’était précisément contre cette marginalisation que voulait lutter cette authentique revue d’éducation aux médias. On a toujours à l’esprit ses numéros spéciaux, « Une télévision sans service public », « Vers un cinéma numérique », « La télé-réalité et les métamorphoses de Big Brother », « Les raisons d’aimer les séries télé », « Les jeux vidéo », « La formation des journalistes », « Le documentaire, trace et effacement », « La presse lycéenne », « La presse en ligne » ou encore « Les médias à la conquête des jeunes ». Bref, un vrai trésor de guerre de l’éducation aux médias, qu’il importe de préserver à défaut de pouvoir encore le développer… Un trésor de guerre… mais ne me dites pas que cette guerre-là est finie !

En juin, nous avons également reçu le dernier numéro de « L’Ecole numérique » pour cette année 2011/2012. Consacré essentiellement à « Histoire de l’art et numérique », il contient aussi quelques articles de qualité sur les usages numériques qui pourraient bouleverser ( ?) notre rapport à la langue française, le langage SMS ou sur les « écritures plurielles » et les « lectures multiples ».

Et nous voudrions terminer par un cocorico : l’expo Golden sixties « J’avais 20 ans en soixante »… Nous irons sûrement la visiter, puisque nous correspondons au public-cible, une expo de ce type est évidemment un média et ceux-ci ont connu à cette époque une telle explosion qu’il serait malvenu de ne pas s’y intéresser quelque cinquante ans après… Mais c’est programmé jusque fin avril 2013. Décidons de partir d’abord en vacances… Nous vous les souhaitons fort agréables.

M.Cl.

   


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