MEDIACTU – Mai 2012.

 

« En mai, fais ce qu’il te plaît », dit le proverbe. Soit, profitons donc de tout ce que la nature nous offre… Mai, c’est le mois de la première fenaison, le parfum de l’herbe fraîchement coupée. Mai, c’est aussi le chant du « merle moqueur » qui vous ravira à la vesprée, si d’aventure vous n’avez pas d’écouteurs aux oreilles…

Mai 2012, c’est la tuerie en Syrie, avec une humanité confortablement installée au balcon et s’interrogeant sur les mesures qu’il conviendrait de prendre. C’est aussi le scandale des salaires des tops managers ou des joueurs de foot…

Mais la « dictature » de l’actualité du mois de mai - et c’est vrai aussi pour mai 2012, puisque c’est devenu un marronnier, un de plus - c’est le Festival de Cannes, qui focalise tous les regards, toutes les supputations, les déceptions généralement inavouées, les triomphes toujours abondamment célébrés.

A peine occulté par la présidentielle française, voici venir pour une douzaine de jours le must des écrans cannois. Soit vingt-deux candidats à la Palme d’Or qu’un jury présidé par Nanni Moretti va soigneusement soupeser et sélectionner. La première impression au regard des films en compétition est double. On se réjouit d’y voir figurer des noms comme Mungiu, Haneke, Cronenberg, Kiarostami, Loach ou Resnais, plusieurs d’entre eux ayant d’ailleurs déjà été palmés. C’est évidemment là une garantie de qualité, celle des appellations contrôlées, des talents qui ont fait leurs preuves, ce qui ne voudrait pas dire qu’ils n’ont plus rien à prouver… Bonheur donc d’avoir une confirmation de qualité, mais parallèlement, une certaine inquiétude de ne pas voir apparaître la relève. Ou, très exactement, de la percevoir très discrète.

Evidemment, il y a la compétition « officielle » et, à ses côtés, tout un ensemble de projections qui gravitent dans l’aura de la grande salle et de son tapis rouge. A commencer par « Un certain regard », en suivant par la programmation hors compétition, des séances spéciales, mais aussi « La Semaine de la critique » et « Acid » (l’association pour la diffusion du cinéma indépendant). La répartition dans ces manifestations périphériques se faisant sur la base d’une savante alchimie…

La Palme d’Or 2012 est assez conforme à un cinéma dont le classicisme a été souligné au niveau de la sélection. « Amour » à Michaël Haneke obtient donc cette Palme, à laquelle d’autres pouvaient très légitimement prétendre. Mais Moretti et son jury ont choisi un film que tous considéraient comme bouleversant : un couple d’octogénaires face à la maladie de l’un d’entre eux. C’est, on le devine aussi, une interprétation assez extraordinaire qui a très certainement pesé dans la décision. On se réjouit évidemment pour Emmanuelle Riva et Jean-Louis Trintignant d’avoir ainsi contribué au succès de Haneke. Un cinéma de vétérans donc, ce qui certes n’a rien de péjoratif, mais pose ici aussi la question de l’absence d’une certaine relève…

Et les Belges, dans cette aventure cannoise 2012 ? Quelques semaines avant l’ouverture du Festival, on ne cessait de nous répéter qu’ils étaient partout, que le cinéma belge était « d’ores et déjà l’un des lauréats » (Focus). On évoquait leur exceptionnelle présence sur la Croisette. « Le miracle belge (à Cannes) dure pendant quinze ans » (Philippe Reynaert). A défaut de concourir pour la Palme d’Or, notre cinéma est effectivement très présent avec des acteurs de la taille de Poelvoorde, Dequenne et Schoenaerts, avec des producteurs comme les Frères Dardenne, avec une diversification de nos talents cinématographiques qui mérite d’être soulignée. Et puis, il y a évidemment ce film de Joachim Lafosse « A perdre la raison », librement inspiré du quintuple infanticide de Geneviève Lhermitte. Le film a été retenu pour la sélection « Un certain regard ». On a forcément crié au scandale et au blasphème dans nos chaumières, mais Lafosse qui avait déjà eu les honneurs de la Quinzaine, en 2008, pour « Elève libre » veut surtout, dit-il, chercher à comprendre en adoptant le point de vue de la meurtrière. L’accueil fut mitigé et la polémique subsiste. La presse, qui avait été dithyrambique et avait multiplié les effets d’annonce, s’est faite étrangement discrète au lendemain du Festival. Mais on fera sûrement mieux la prochaine fois...

Et puis, ne boudons pas notre plaisir en mai… Costa-Gavras qui reçoit le titre de docteur honoris causa à l’ULB. Et à ses côtés, une Angela Davis, toujours aussi d’attaque que jadis… Non, décidément, les vétérans se portent bien…

 

M.Cl.

   


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