Cette rubrique présente de nouveaux ouvrages concernant presse écrite et médias. Ils peuvent vous intéresser comme outils de travail ou de réflexion. Tous les ouvrages commentés sont évidemment disponibles à la médiathèque du CAV.

Ne sont présentés sur cette page que les résumés : pour télécharger l'entièreté du commentaire (3-4 pages), cliquez sur le titre de l'ouvrage qui vous intéresse.

Pour les ouvrages antérieurs à l'année en cours, veuillez consulter la rubrique « Archives ».

Les fausses nouvelles
sous la direction de Florian Sauvageau, Simon Thibault et Pierre Trudel

 

On sait les « fakes » en tête du hit parade médiatique. Ce « nouveau visage de la désinformation » est étudié ici sous ses principaux aspects par une quinzaine de contributeurs de haut niveau ; l'ouvrage se focalise sur une question fondamentale dans le contexte socio-politique que nous connaissons « Comment déterminer la valeur de l'information dans les sociétés démocratiques ? ». Une question qui pose le problème du rapport de cette info au réel, à l'ère numérique, et la question de la littératie informationnelle, impliquant aujourd'hui de désapprendre la confiance en l'autorité du document publié. Des études de cas significatives illustrent cette hypothèse, mais aussi des pistes de solution allant d'une volonté de légiférer, comme en France ou en Allemagne, à une politique éducative d' « alphabétisation à l'actualité » et  d' « auto-défense intellectuelle ». Un ouvrage de grande qualité...

 

 

Tout Truffaut
Anne Gillain

 

Le spectateur a souvent des films de François Truffaut une représentation d'élégance stylistique et de charme d'écriture, mais l'auteure nous démontre ici qu'il y a dans son œuvre filmique une cohérence et des correspondances intertextuelles qui donnent au représentant de la Nouvelle Vague la dimension d'un Renoir ou d'un Bresson, que ses scenarii soient originaux ou basés sur des adaptations d’œuvres littéraires. Chacun de ses films est analysé par A. Gillain et mis en relation avec ses conditions de production, mais aussi avec l'homme qui se trouve derrière le cinéaste. C'est dire que l'on se trouve ici devant l'un des ouvrages les plus aboutis jamais consacrés à l'auteur des « 400 coups », de « Jules et Jim » et de « La Sirène du Mississipi ».

 

 

Génération Internet
Jean M. Twenge

 

400 pages de statistiques et de constats pour le moins discutables, qui méritent d'être nuancés, relativisés, voire réfutés. Étonnant quand on sait que l'auteure est docteure et professeure de psychologie à l'Université de San Diego... Ainsi, par exemple, l'omniprésence du smartphone dans l'environnement de ces jeunes qui ne se souviennent pas d'une période sans Internet, a engendré des répercussions dans tous les domaines de leur existence « depuis leurs interactions sociales jusqu'à leur santé mentale ». Individualisme, vulnérabilité psychologique, immaturité, éloignement de la religion (!)... Heureusement, la traduction française de l'ouvrage (Mardaga) est encadrée par un prologue de Vincent de Coorebyter et une mise en perspective de Serge Tisseron, qui s'emploie notamment à démontrer que l'auteure ne fait guère de différence entre des causalités multiples et confond corrélation et causalité...

 

 

100 ans de cinéma japonais
Préface de H. Kore-Eda.

 

Un ouvrage luxueux, mais un peu décevant, qui émane de la Maison de la Culture du Japon à Paris et fait notamment référence à toute une programmation de cinéma nippon à la Cinémathèque française. Pour le spectateur occidental marqué par « Rashõmon » de Kurosawa en 1951, ayant découvert par ailleurs la riche filmographie d'Ozu et quelques œuvres primées en festival, c'est là un cinéma foisonnant, extrêmement diversifié, partagé entre tradition et modernisme, mais dont il est toujours difficile de dégager des synthèses argumentées. Sans oublier que quelque sept cents films sortent ici en salle chaque année, bien que « l'âge d'or » de ce cinéma soit révolu. Bref, une effervescence cinématographique qui reste pour nous à découvrir...
 

 

En première ligne
Jean-Paul Marthoz

 

C'est de journalisme au cœur des conflits qu'il s'agit ici, par quelqu'un qui l'a pratiqué et qui a « couvert » l'Amérique latine du Pérou au Salvador et à la Colombie, mais aussi l'Algérie, l'Afrique du Sud ou la Turquie, tout en étant professeur de journalisme international à l'UCL et directeur européen de l'information à Human Rights Watch. C'est dire que l'expérience du terrain et la nécessaire prise de recul par rapport à ces « baroudeurs de l'info » se trouvent ici résumés dans cet ouvrage très bien documenté. L'intérêt du livre est d'osciller constamment entre l'anecdote vécue et des considérations plus générales sur des aspects d'engagement de la profession de correspondant de guerre, de déontologie, d’empathie avec les populations civiles, de moralité dans les prises de position. Le point de vue se trouve bien au centre de ce travail, mais aussi l'impact des nouvelles technologies, et surtout le sens et le non-sens de la guerre. Un livre important écrit par l'auteur à la fois avec son savoir et son cœur.

 

 

Des têtes bien faites. Défense de l'esprit critique
Sous la direction de Nicolas Gauvrit et Sylvain Delouvé, PUF, 2019, 287p.

 

Nous avons fait de cette « défense de l'esprit critique » la matière de notre édito, tant la thématique mérite que l'on s'en imprègne dans notre monde médiatique actuel.

 

 

 

Les petits soldats du journalisme
Fr. Ruffin; France, Les arènes, 2018

 

Un pamphlet virulent, destructeur, assassin à l'encontre du CFJ, le Centre de Formation des Journalistes à Paris, d'où sortent l'auteur lui-même, mais aussi les Pierre Lescure, Laurent Joffrin, Bernard Pivot, Olivier Giesbert et autres. Mais il va de soi que ce jeu de massacre concerne autant les « valeurs » défendues par le CFJ, même si les trois têtes de chapitre de la table des matières sont : PRODUIRE, ABRUTIR, OBEIR... trois comportements attendus par l'école de ses anciens élèves devenus professionnels et pratiquant un journalisme « convenu et convenable »... Rien qui puisse choquer, rien qui pose question. Et surtout : produire vite, soit copier, couper, compiler les dépêches de l'AFP. Le mieux est de passer de l'information à la communication en somme, une info produite par les institutions, les entreprises, la police ou les syndicats. Et surtout, flatter le consommateur. La fin d'un journalisme engagé, citoyen, indépendant.

 

 

Histoire du transmédia
Coord. par B. Cailler, S. Denis, J. Sapiega, 2015

 

Une belle réflexion sur le récit audiovisuel éclaté. On explore ici les racines du dispositif dans des contenus médiatiques pré-existants aux outils numériques, puis on s'oriente vers les enjeux actuels du transmédia, notamment les incidences narratives sur la structuration du message audiovisuel ainsi que sur les places et le rôle du récepteur, qui se trouve en principe au centre du dispositif. Mais l'accent est également mis sur les stratégies communicationnelles hétérogènes du transmédia, « superposition, diversification, interconnexion des médias et des logiques de réseaux ». Il y a ici un véritable défi esthétique dans ces projets hybrides aux confins des technologies numériques, qui les sous-tendent, et des usages sociaux qui en résultent. Apparaît également ici un travail collaboratif et croisé dans les jeux vidéo, les webdocumentaires, ... Bref, un panorama très documenté de territoires en pleine ébullition.

 

 

Strip Tease se déshabille
M. Lamensch, 2018

 

C'est une formidable aventure télévisuelle qui nous est contée ici par l'un de ses producteurs, tournée avec une certaine folie de 1985 à 2002, en opposition au ton « pédagogique » de la production documentaire de l'époque. Une volonté des réalisateurs de donner à voir, à sentir, à vivre, à comprendre aussi, les rapports humains construisant des milieux sociaux extrêmement diversifiés. Un kaléidoscope, une « comédie humaine », de doux dingues et de marginaux, mais aussi d'hommes politiques, d’Église, de représentants de l'armée et de la noblesse... et des poètes aussi. En tout cas, une très belle expérience de cinéma direct, en immersion dans la réalité qu'il évoque, en proximité physique et affective avec cette réalité sociale. Une manière audacieuse de repenser la télé, et une invitation au lecteur d'aujourd'hui à ressusciter ces moments de grande passion vécus hier face au petit écran.

 
   


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